Pourquoi la ville a-t-elle changé notre manière de nous habiller ?
Qu’est-ce qui donne à un vestiaire son caractère urbain ?
Nous avons appelé cette collection AK URBAN.
Le mot paraît presque évident. Pourtant, dès qu’on essaie de définir ce qui rend réellement un vêtement — ou un vestiaire — urbain, les certitudes commencent à disparaître.
Est-ce une question de coupe ? De confort ? De graphisme ? De mouvement ? De références culturelles ?
Est-ce l’origine d’un vêtement qui le rend urbain, ou la manière dont il finit par être porté ?
Car beaucoup de pièces aujourd’hui associées à l’univers de la ville ont une histoire qui commence ailleurs.
Alors, qu’est-ce qui donne réellement à un vestiaire son caractère urbain ?
Des vêtements venus d’ailleurs
Prenons trois pièces que nous croisons aujourd’hui quotidiennement : le hoodie, les sneakers et le bomber.
Leur histoire suffit déjà à compliquer l’idée d’un vêtement qui serait « urbain » par nature.
Le hoodie moderne est d’abord associé au vêtement fonctionnel et sportif. Les sneakers viennent de l’univers de la chaussure de sport. Le bomber MA-1 trouve son origine dans l’aviation militaire.
Aucune de ces pièces n’a donc été créée pour représenter « la ville ».
Et pourtant, toutes ont progressivement quitté leur fonction ou leur contexte initial pour intégrer d’autres vestiaires. Elles ont été adoptées, combinées, détournées et associées à de nouveaux usages et à différentes cultures.
Le vêtement reste matériellement reconnaissable.
Ce qui change, c’est son contexte.
Un vêtement peut ainsi traverser plusieurs mondes au cours de son histoire : fonctionnel, sportif, militaire, culturel, quotidien.
C’est une première piste essentielle : l’origine d’une pièce ne suffit pas à déterminer ce qu’elle deviendra.
La ville, lieu de rencontre
Pour comprendre ce déplacement, il faut regarder non plus seulement les vêtements, mais l’endroit où ils circulent.
La ville concentre des populations, des activités, des commerces et des univers culturels différents. Elle met également les individus et leurs apparences en présence les uns des autres.
Dès le début du XXe siècle, le sociologue Georg Simmel s’intéressait à ce que la vie métropolitaine produisait de particulier dans les relations sociales. Plus tard, des travaux consacrés à la mode, à la modernité et aux sous-cultures ont étudié la manière dont les styles deviennent visibles, circulent et sont réinterprétés dans différents contextes.
C’est peut-être ici que le mot urbain devient plus intéressant.
Non comme origine géographique d’un vêtement.
Mais comme espace de rencontre.
Le sport peut rencontrer le quotidien.
Une pièce fonctionnelle peut être détournée de son usage premier.
Un vêtement associé à une sous-culture peut finir par entrer dans un vestiaire beaucoup plus large.
Des références qui appartenaient à des mondes différents peuvent se retrouver portées ensemble.
Les travaux consacrés aux sous-cultures montrent justement combien le style peut procéder de réappropriations et de nouvelles associations de signes déjà existants.
La ville n’invente donc pas nécessairement ce qu’elle rassemble.
Mais elle peut contribuer à rendre ces rencontres possibles et visibles.
Quand les usages changent
Il existe une autre transformation, plus discrète.
Notre manière de nous habiller dépend aussi de ce que nous faisons de nos journées.
Les frontières entre certains univers vestimentaires se sont progressivement déplacées. Des vêtements autrefois associés au sport ou à des usages particuliers ont intégré le quotidien, tandis que les codes vestimentaires se sont, dans de nombreux contextes, davantage casualisés.
Le phénomène dépasse évidemment la seule ville.
Il serait excessif d’affirmer que la mobilité urbaine aurait créé le confort ou que les métropoles expliqueraient à elles seules la casualisation de nos vestiaires.
Mais nos usages participent bien à la manière dont nous choisissons et portons nos vêtements.
Une même journée peut nous faire passer d’un espace à un autre, d’une activité à une autre, parfois sans changer de tenue.
La polyvalence devient alors une qualité.
Et là encore, les frontières se brouillent.
Le vêtement de sport peut devenir vêtement quotidien.
La fonction peut rencontrer l’esthétique.
Le confort peut cohabiter avec une recherche d’allure.
Ce ne sont plus nécessairement des catégories séparées.
Elles peuvent appartenir au même vestiaire.
La ville est aussi un paysage de signes
Mais l’urbain ne se joue pas uniquement dans les usages.
Il se voit.
Une ville est traversée de lignes, de lettres, de chiffres, d’enseignes, de signalétiques, d’affiches, de marquages et de contrastes architecturaux.
Nous évoluons dans un environnement qui communique en permanence.
Et le vêtement peut lui aussi devenir un support visuel.
Les mots, les logos et les compositions graphiques occupent notamment une place importante dans l’histoire du T-shirt graphique et dans plusieurs cultures liées au skate, au surf, au hip-hop ou au streetwear.
Cela ne signifie pas que le graphisme vestimentaire serait né de la signalétique urbaine, ni que toute typographie visible serait par définition « urbaine ».
Ce serait confondre ressemblance visuelle et origine historique.
Il ne s’agit pas de leur attribuer une origine commune, mais d’observer comment certains langages visuels peuvent parfois se répondre.
Le mot peut devenir image.
Le logo peut devenir composition.
La lettre peut devenir motif.
Le vêtement ne porte plus seulement un graphisme.
Il lui donne une surface.
Alors, qu’est-ce qu’un vestiaire urbain ?
Il n’existe pas de définition académique universellement admise du « style urbain ».
Et c’est peut-être justement ce qui rend la question intéressante.
Car chercher une liste définitive de pièces — hoodie, sneakers, bomber ou autre — reviendrait à figer quelque chose qui s’est précisément construit par circulation et transformation.
Paris n’est pas Londres.
Londres n’est pas New York.
New York n’est pas Tokyo.
Les époques changent. Les références circulent. Les usages évoluent. Les cultures se rencontrent.
Il paraît alors difficile de réduire l’urbain à une seule silhouette ou à une seule famille de vêtements.
Une autre lecture devient possible :
Le caractère urbain naît peut-être moins des codes eux-mêmes que de leur rencontre.
Le sport.
Le quotidien.
La fonction.
La culture.
Le graphisme.
Des langages différents qui peuvent se retrouver dans un même vestiaire sans perdre complètement leur histoire.
AK URBAN : notre lecture
C’est à cet endroit que nous revenons à notre point de départ.
AMIRAL KASUAL ne cherche pas à définir ce que devrait être le style urbain.
AK URBAN en propose une lecture.
Une lecture dans laquelle plusieurs dimensions se rencontrent : des vêtements pensés pour le quotidien, une identité graphique plus présente, des typographies visibles, des lignes, des blocs, des contrastes et des compositions directes.
Le nom AMIRAL KASUAL peut lui-même changer de fonction.
Il identifie la marque, bien sûr.
Mais lorsqu’il grandit, se déplace ou participe à la composition du vêtement, le nom devient aussi matière graphique.
AK URBAN ne prétend pas reproduire « la rue », ni résumer la diversité des cultures urbaines.
La collection explore ces codes depuis le langage d’AMIRAL KASUAL.
Parce qu’au terme de cette enquête, une chose apparaît : ce que nous appelons « urbain » appartient rarement à une seule origine.
Il se construit dans les passages.
Dans les usages.
Dans les rencontres.
Et peut-être est-ce précisément là que réside une partie du caractère de nos vestiaires contemporains :
Des codes venus d’ailleurs, réunis dans une même histoire.
BE WHO YOU ARE
— Magazine AMIRAL KASUAL
RÉFÉRENCES
- Georg Simmel — The Metropolis and Mental Life (1903).
- Dick Hebdige — Subculture: The Meaning of Style (1979).
- Christopher Breward — Fashioning London: Clothing and the Modern Metropolis (2004).
- Shawn Stüssy / streetwear et cultures graphiques — à documenter avec la source institutionnelle retenue dans notre dossier final.
- Histoire du hoodie, des sneakers et du bomber MA-1 — références historiques et muséales du dossier documentaire AK-008.