Mode et tendances : comment rester fidèle à soi-même ?

« Je n’aimais pas ça au début. »

Cette coupe de pantalon, cette couleur, cette paire de chaussures nous paraissait étrange. Pas forcément laide. Simplement… pas pour nous.

Puis nous l’avons revue.

Sur un écran. Dans une vitrine. Dans la rue.

Une première fois, puis une autre.

Et quelques semaines plus tard, sans vraiment savoir à quel moment notre regard a changé:

« Finalement… j’aime bien. »

Alors une question se pose.

Qu’est-ce qui a changé ?

Le vêtement ?

Ou notre regard ?

Nos goûts ne naissent pas dans le vide

Nous aimons penser que nos goûts nous appartiennent.

Et c’est vrai, en partie.

Mais ils ne se construisent jamais seuls.

Nous grandissons entourés de couleurs, de formes, de références, de cultures et de personnes qui participent à notre manière de regarder le monde.

La mode fait partie de cet environnement.

Chaque époque possède ses silhouettes, ses matières, ses proportions. Certaines disparaissent avant de revenir quelques années plus tard. D’autres s’installent si progressivement que nous finissons presque par oublier qu’elles nous semblaient nouvelles.

Ce phénomène n’est pas seulement une impression.

Dès 1968, le psychologue Robert Zajonc a étudié ce que l’on appelle l’effet de simple exposition : le fait d’être exposé plusieurs fois à quelque chose peut, dans certaines conditions, modifier favorablement la manière dont nous le percevons.

Cela ne signifie évidemment pas que nous finissons par aimer tout ce que nous voyons souvent.

Certaines choses continueront à ne jamais nous plaire.

Mais la familiarité peut parfois déplacer notre regard.

Ce qui nous semblait étrange devient connu.

Ce qui paraissait difficile à porter devient envisageable.

Et parfois, ce qui était simplement perçu comme une tendance finit par nous plaire réellement.

Être influencé ne signifie pas être une copie

C’est peut-être ici que la question de l’authenticité devient intéressante.

Car reconnaître que nous sommes influencés ne signifie pas renoncer à notre personnalité.

Une tendance n’arrive jamais dans notre vestiaire exactement comme elle existe dans une campagne, une vitrine ou sur un écran.

Nous pouvons l’ignorer, l’essayer, n’en retenir qu’une couleur ou l’associer à quelque chose que nous portons depuis des années.

Nous pouvons l’adopter pendant quelques mois.

Ou découvrir qu’elle ne nous correspond finalement pas.

Nous ne sommes pas seulement exposés à la mode.

Nous l’interprétons.

Et cette distinction change beaucoup de choses.

Car si l’influence fait partie de notre environnement, l’appropriation n’est jamais parfaitement identique d’une personne à l’autre.

Deux personnes peuvent acheter exactement le même vêtement sans jamais le porter de la même manière.

Parce qu’un style ne se construit pas seulement avec ce que nous choisissons.

Il se construit aussi avec ce que nous associons, ce que nous conservons, ce que nous abandonnons et tout ce que nous décidons de ne pas porter.

Faut-il être différent pour être authentique ?

À force de célébrer l’individualité, nous pourrions tomber dans un autre piège : croire qu’être soi-même signifie nécessairement ne ressembler à personne.

Mais pourquoi ?

Porter une pièce tendance ne fait pas automatiquement de nous quelqu’un qui suit les autres.

Tout comme porter quelque chose d’original ne prouve pas que nous sommes plus libres.

Dans les deux cas, le regard des autres peut intervenir.

Nous pouvons suivre pour être acceptés.

Mais nous pouvons aussi chercher à être différents simplement pour être remarqués.

L’authenticité ne se trouve donc probablement ni dans la conformité systématique, ni dans l’opposition systématique.

Elle se situe ailleurs.

Peut-être dans la capacité à reconnaître :

« Oui, j’ai découvert cela parce que je l’ai vu ailleurs. Mais aujourd’hui, je le porte parce qu’il a trouvé une place dans mon univers. »

Quand une tendance devient-elle vraiment nôtre ?

Il suffit parfois d’ouvrir son armoire quelques mois plus tard.

Certaines pièces qui nous semblaient indispensables ne nous attirent déjà plus.

D’autres sont toujours là.

Nous les portons sans penser à la tendance qui nous les a fait découvrir.

Elles se sont mélangées au reste.

À nos habitudes.

À notre manière de vivre.

À ce que nous aimons déjà.

Le temps n’est pas un juge de notre authenticité. Nous avons parfaitement le droit d’aimer quelque chose pendant trois mois et de passer ensuite à autre chose.

Changer d’avis fait aussi partie de nous.

Mais le temps possède une qualité intéressante :

il fait parfois disparaître le bruit autour de nos choix.

Lorsque la nouveauté s’éloigne, il devient plus facile de voir ce que nous avions réellement envie de garder.

Nos valeurs font aussi partie de nos choix

Nos goûts ne concernent d’ailleurs pas seulement l’esthétique.

Nous pouvons aimer une coupe et nous interroger sur la manière dont elle a été produite.

Adorer une tendance et décider qu’elle ne correspond finalement pas à notre manière de consommer.

Ou, au contraire, découvrir une pièce parce qu’elle est partout et constater qu’elle correspond parfaitement à ce que nous cherchions déjà.

Nos valeurs, nos convictions, notre budget, notre quotidien et nos priorités entrent eux aussi dans cette conversation.

C’est pourquoi deux personnes exposées aux mêmes tendances ne construiront jamais exactement le même vestiaire.

Nous regardons peut-être la même époque.

Nous ne la filtrons pas de la même manière.

Être soi-même dans un monde d’influences

Peut-être avons-nous parfois posé la mauvaise question.

Il ne s’agit pas forcément de savoir comment échapper aux tendances.

Nous n’échappons jamais complètement à notre époque.

Et pourquoi le faudrait-il ?

La mode peut nous surprendre, nous amuser, nous faire découvrir une couleur que nous n’aurions jamais essayée ou nous donner envie de revisiter quelque chose que nous pensions ne plus aimer.

L’influence n’est pas nécessairement l’ennemie de l’authenticité. Elle peut en être la matière première.

Ce qui compte n’est peut-être pas de pouvoir dire :

« Personne ne m’a influencé. »

Mais de pouvoir regarder ce que nous portons et nous demander, simplement :

« Est-ce que cela me ressemble encore ? »

Parce qu’être authentique ne signifie pas rester identique.

Cela ne signifie pas non plus être différent à tout prix.

C’est pouvoir évoluer, essayer, changer, s’inspirer — tout en restant attentif à ce qui compte réellement pour nous.

C’est aussi cela, l’esprit AK Authentic.

Puiser dans son époque sans être obligé de tout en garder.

Découvrir chez les autres sans avoir à devenir les autres.

Et construire, influence après influence, quelque chose qui finit par nous appartenir.

Ce qui nous inspire peut venir des autres.
Ce que nous en faisons peut devenir profondément nôtre.

BE WHO YOU ARE

— AMIRAL KASUAL

 

Références

Zajonc, R. B. (1968). Attitudinal Effects of Mere Exposure. Journal of Personality and Social Psychology, 9(2, Pt. 2), 1–27. DOI : 10.1037/h0025848.

Vingilyte, J., & Khadaroo, A. (2025). Personal Clothing Style and Self-Concept: Embracing the True, the Ideal and the Creative Self. Fashion, Style & Popular Culture, 12(3), 319–335. DOI : 10.1386/fspc_00130_1.

Hester & Hehman (2023) → vêtement et perception sociale ; utile pour le contexte vestimentaire.