Peut-on encore avoir son propre style à l'ère des algorithmes ?

Quand nos découvertes sont personnalisées, que reste-t-il de l'inattendu ?

Chaque jour, nous découvrons de nouvelles chansons.

De nouveaux créateurs.

De nouvelles idées.

De nouveaux vêtements.

Nous avons parfois l'impression que ces découvertes sont le fruit du hasard.

Pourtant, derrière chacune d'elles se cache souvent un même point de départ.

Une recommandation.

Un fil d'actualité.

Une vidéo suggérée.

Une playlist.

Une publication que quelqu'un — ou quelque chose — a décidé de rendre visible.

Alors une question mérite d'être posée.

Nos découvertes nous appartiennent-elles encore vraiment ?

Avant même de choisir, il faut d'abord rencontrer

On ne peut aimer une musique que l'on n'a jamais entendue.

On ne peut admirer un style que l'on n'a jamais vu.

Avant de devenir un choix, toute préférence commence par une rencontre.

Pendant longtemps, ces rencontres passaient par la radio, la télévision, les magazines, les vitrines ou les conseils de nos proches.

Aujourd'hui, elles passent aussi par des systèmes de recommandation.

Le principe n'est donc pas nouveau.

Ce qui change, c'est leur capacité à personnaliser ce qui apparaît devant chacun d'entre nous.

Voir plus souvent... aimer davantage ?

Les psychologues connaissent depuis longtemps un phénomène étonnant.

Plus nous sommes exposés à une image, une mélodie ou une idée, plus elle nous devient familière.

Et cette familiarité peut parfois la rendre plus agréable.

Cela ne signifie pas que nous finirons par aimer tout ce que nous voyons.

La répétition peut aussi provoquer de la lassitude.

Mais elle influence souvent la façon dont certaines choses entrent progressivement dans notre univers.

Ce qui nous semblait étrange hier peut devenir évident aujourd'hui.

Simplement parce que nous l'avons rencontré plusieurs fois.

Les algorithmes ne choisissent pas à notre place

On entend parfois dire que les algorithmes décident de nos goûts.

La réalité est plus nuancée.

Ils ne créent pas nos envies.

Ils ne pensent pas à notre place.

En revanche, ils organisent une partie de ce qui devient immédiatement visible.

Ils privilégient ce qui a le plus de chances de retenir notre attention.

Ils nous proposent ce qui ressemble à ce que nous avons déjà apprécié.

Autrement dit, ils dessinent le paysage dans lequel nos prochaines découvertes auront lieu.

Et ce paysage influence naturellement ce que nous avons l'occasion d'explorer.

Une bibliothèque immense... mais un parcours unique

Jamais nous n'avons eu accès à autant de contenus.

En quelques secondes, nous pouvons écouter un artiste à l'autre bout du monde, découvrir une marque indépendante ou apprendre une nouvelle compétence.

Cette abondance est une chance.

Mais elle pose aussi une question.

Dans une bibliothèque presque infinie, pourquoi avons-nous parfois l'impression de tourner toujours dans les mêmes rayons ?

La personnalisation cherche avant tout à nous proposer ce qui a le plus de chances de nous intéresser.

Pas forcément ce qui remettra nos habitudes en question.

Le hasard a-t-il encore une place ?

Les plus belles découvertes ne sont pas toujours celles que nous cherchions.

C'est parfois un café où l'on entre simplement pour s'abriter de la pluie.

Une librairie dans laquelle on pousse une porte sans intention particulière.

Une exposition visitée parce qu'il restait une heure avant un train.

Ou cette conversation avec un inconnu qui nous fait regarder le monde autrement.

Ces moments ont une chose en commun.

Ils n'étaient dans aucun programme.

Ils ne répondaient à aucune recherche.

Ils sont simplement arrivés.

Et ils nous ont parfois laissé une empreinte bien plus profonde que les recommandations les plus précises.

Cultiver sa curiosité

Avoir son propre style ne signifie pas ignorer les recommandations.

Elles peuvent nous faire découvrir des artistes, des idées ou des créateurs que nous n'aurions jamais rencontrés autrement.

Mais construire un style demande aussi une démarche volontaire.

Prendre un autre chemin.

Entrer dans une librairie sans savoir ce que l'on cherche.

Écouter un album que personne ne nous a conseillé.

Suivre un créateur qui ne ressemble pas à ceux que nous suivons déjà.

La curiosité reste l'une des rares choses qu'aucun algorithme ne peut automatiser à notre place.

Choisir aussi l'inattendu

Chez AMIRAL KASUAL, nous ne pensons pas que les algorithmes soient nos ennemis.

Ils sont devenus des compagnons de route.

Ils facilitent l'accès à une quantité incroyable de connaissances, d'inspirations et de cultures.

Mais un compagnon de route ne choisit pas la destination.

Il propose un itinéraire.

À nous de décider si nous voulons parfois quitter la route principale.

Parce qu'un style ne se construit pas seulement avec ce que l'on nous recommande.

Il se construit aussi avec ce que l'on ose découvrir.

Peut-on encore avoir son propre style à l'ère des algorithmes ?

Nous le pensons.

À une condition.

Ne jamais laisser la curiosité devenir entièrement prévisible.

Les recommandations peuvent ouvrir des portes.

Mais les plus belles découvertes sont souvent celles que nous choisissons de faire en dehors du chemin tout tracé.

Parce qu'au fond, notre style ne dépend pas seulement de ce que l'on nous montre.

Il dépend surtout de ce que nous décidons d'aller chercher.

 

BE WHO YOU ARE

— Magazine AMIRAL KASUAL

Références

Cet article s'appuie sur des travaux de recherche consacrés aux systèmes de recommandation, à l'exposition répétée et à la découverte culturelle. Les références ci-dessous sont proposées aux lecteurs qui souhaitent approfondir le sujet.

  • Zajonc, R. B. (1968). Attitudinal Effects of Mere Exposure. Journal of Personality and Social Psychology.
  • Toelch, U. & Dolan, R. J. (2015). Informational and Normative Influences in Conformity from a Neurocomputational Perspective. Trends in Cognitive Sciences.
  • Areeb, et al. (2023). Filter Bubbles in Recommender Systems: Fact or Fallacy? A Systematic Review.
  • Anwar, S., Schoenebeck, G. & Dhillon, P. (2024). Filter Bubble or Homogenization?
  • Coavoux, S. & Aussant, J. (2025). Streaming Platforms, Filter Bubbles, and Cultural Inequalities.
  • Commission européenne – Travaux sur les systèmes de recommandation et les plateformes numériques.
  • UNESCO – Publications sur la diversité culturelle à l'ère numérique.
  • OCDE (OECD) – Travaux sur l'économie de l'attention et les plateformes numériques.