Sommes-nous vraiment aussi différents que nous le pensons ?

Comment nos goûts se construisent entre influences, inspirations et choix personnels.

Nous aimons croire que nos goûts nous appartiennent.

Que les vêtements que nous choisissons, la musique que nous écoutons ou les couleurs que nous préférons racontent quelque chose d'unique à notre sujet.

Et c'est vrai.

Mais seulement en partie.

Car avant même de devenir des choix, nos goûts commencent souvent par une rencontre.

Une chanson entendue par hasard.

Une personne dont le style nous inspire.

Un livre recommandé par un ami.

Une couleur que nous ne remarquions pas hier… et qui semble soudain apparaître partout.

Alors une question mérite d'être posée :

Nos goûts sont-ils vraiment aussi personnels que nous le pensons ?

Nos goûts naissent rarement dans le vide

Depuis notre enfance, nous apprenons en observant.

Nous imitons une façon de parler.

Un geste.

Une manière de nous habiller.

Non pas parce que nous manquons de personnalité.

Mais parce que l'imitation est l'une des façons les plus naturelles d'apprendre.

Avant de trouver notre propre écriture, nous avons tous commencé par tracer les mêmes lettres.

Pourquoi en serait-il autrement avec notre style ?

S'inspirer des autres n'est pas renoncer à soi-même.

C'est souvent le point de départ.

Pourquoi suivons-nous parfois les autres ?

Face à un choix, notre cerveau cherche naturellement des repères.

Lorsqu'un livre est recommandé par des milliers de lecteurs, qu'un restaurant affiche une longue file d'attente ou qu'une paire de chaussures apparaît partout, nous avons tendance à y prêter davantage attention.

Non parce que la popularité garantit la qualité.

Mais parce qu'elle réduit notre incertitude.

Les psychologues distinguent plusieurs formes d'influence sociale.

Certaines nous poussent à vouloir appartenir à un groupe.

D'autres nous amènent simplement à considérer que les autres ont peut-être déjà trouvé une bonne réponse.

Au quotidien, cela ressemble surtout à un réflexe très humain :

« Si beaucoup de personnes semblent apprécier quelque chose, cela mérite peut-être que je m'y intéresse. »

Ce raccourci nous fait gagner du temps.

Il influence nos choix sans les déterminer complètement.

Être soi-même est un équilibre

Nous imaginons parfois que l'originalité consiste à ne ressembler à personne.

Pourtant, vivre complètement à contre-courant est rarement notre objectif.

Nous cherchons plutôt un équilibre.

Celui qui nous permet d'exprimer notre personnalité tout en restant compréhensibles pour ceux qui nous entourent.

Notre style devient alors un langage.

Il raconte ce que nous aimons.

Ce qui nous inspire.

Et parfois même les communautés dans lesquelles nous nous reconnaissons.

Être différent ne signifie pas être isolé.

Cela signifie trouver la nuance qui nous ressemble.

Les algorithmes élargissent… ou rétrécissent notre horizon

Aujourd'hui, une partie de nos découvertes passe par les plateformes numériques.

Les algorithmes nous proposent des chansons, des films, des créateurs ou des styles susceptibles de nous plaire.

Ils ne décident pas à notre place.

En revanche, ils influencent largement ce que nous avons la possibilité de découvrir.

Or, ce que nous voyons souvent a naturellement plus de chances d'éveiller notre curiosité.

À l'inverse, ce qui reste invisible a parfois moins d'occasions de nous surprendre.

Nos découvertes dépendent donc aussi de ce que notre environnement choisit de mettre sous nos yeux.

Mais elles ne s'y réduisent pas.

Nous restons libres de ce que nous décidons d'explorer... ou de laisser de côté.

Ce que nous gardons nous appartient

Il serait facile de conclure que nos préférences ne sont qu'un assemblage d'influences.

Ce serait oublier une chose essentielle.

Nous ne conservons pas tout ce que nous rencontrons.

Certaines idées nous traversent.

D'autres nous transforment.

Nos goûts évoluent parce que nous évoluons.

Ils sont nourris par nos expériences, nos rencontres, nos souvenirs et nos choix.

Ce n'est pas une faiblesse.

C'est la façon dont chacun construit progressivement son identité.

Construire plutôt que copier

Chez AMIRAL KASUAL, nous ne pensons pas que l'inspiration soit l'ennemie de l'originalité.

Au contraire.

Toute création commence quelque part.

L'essentiel n'est peut-être pas de chercher à être totalement différent.

Mais de comprendre ce qui nous inspire réellement.

Nos goûts racontent notre époque.

Nos choix racontent qui nous devenons.

Nous partageons souvent les mêmes sources d'inspiration.

Les mêmes chansons.

Les mêmes images.

Les mêmes rencontres.

Nous ne choisissons pas toujours les influences qui croisent notre chemin.

Mais nous choisissons celles que nous décidons de faire nôtres.

Et c'est sans doute là que commence le style.

Sommes-nous vraiment aussi différents que nous le pensons ?

Peut-être pas.

Mais nous avons tous la possibilité de transformer nos influences en quelque chose qui nous ressemble vraiment.

 

BE WHO YOU ARE

— Magazine AMIRAL KASUAL

Références

Cet article s'appuie sur des travaux reconnus en psychologie sociale, sociologie et sciences cognitives. Les références ci-dessous sont proposées aux lecteurs qui souhaitent approfondir le sujet.

  • Morton Deutsch & Harold B. Gerard (1955). A Study of Normative and Informational Social Influences upon Individual Judgment. Journal of Abnormal and Social Psychology, 51(3), 629–636.
  • Georg Simmel (1904). Fashion (La Mode). International Quarterly, 10, 130–155.
  • Pierre Bourdieu (1979). La Distinction. Critique sociale du jugement. Les Éditions de Minuit.
  • René Girard (1961). Mensonge romantique et vérité romanesque. Grasset.
  • Clara Capuano & Peggy Chekroun (2024). A Systematic Review of Research on Conformity. International Review of Social Psychology.